Emmanuel Bacheley nous parle du GESME et de leur vente amiable
Galorama. Pouvez-vous nous présenter le GESME ?
Emmanuel Bacheley. Le GESME, c’est le groupement des éleveurs de la région de Sainte-Mère-Église. Il existe depuis 30 ans. Il a été créé à l’origine pour apporter une aide à la commercialisation, ainsi que pour mener différentes actions, comme le concours de poulains et des ventes. Les ventes sont justement une aide à la commercialisation grâce aux différents réseaux et connaissances que nous pouvons avoir. Et puis maintenant, avec les réseaux sociaux, qui nous permettent parfois d’aider à commercialiser certains chevaux.
Petit à petit, notre groupement s’est également tourné vers les étalonniers. Ce qui nous permet quelquefois d’obtenir des tarifs sur certains étalons. Le groupement peut aussi nous aider pour les achats auprès de certains fournisseurs. Par exemple, nous avons un fournisseur de bois qui nous propose des tarifs pour le groupement, notamment sur de gros volumes. Nous organisons également des journées de radiographies. Des vétérinaires, qui sont assez sympathiques avec nous, nous proposent des tarifs un peu avantageux pour nos jeunes chevaux afin de pouvoir les présenter aux ventes. Et puis, depuis que nous sommes à Sainte-Marie du Mont, avec le manège dont nous disposons, nous organisons de nombreux entraînements sur la piste en liberté, notamment pour les éleveurs qui n’ont pas d’équipement.
En grande majorité, nous sommes quand même beaucoup de petits éleveurs qui font naître trois ou quatre poulains par an, certains seulement un ou deux. Je n’ai pas les pourcentages exacts, mais plus de 70 % des éleveurs font naître deux ou trois poulains.
G. Le groupement s’appelle le Groupement des éleveurs de Sainte-Mère-Église, mais qui peut adhérer aujourd’hui ?
E.B. Au départ, c’était un tout petit groupe, vraiment limité à Sainte-Mère-Église. Puis cela s’est élargi parce que certains ont déménagé et que leurs enfants se sont installés un peu plus loin. Aujourd’hui, nous allons de la Hague à Saint-Lô, on va dire, avec également quelques éleveurs autour d’Isigny. Depuis deux ans, notre nombre d’adhérents augmente énormément. Nous sommes désormais plus de 100, autour de 135, donc nous allons maintenant limiter un petit peu les adhésions pour rester vraiment autour de ce périmètre-là.
Nous avons quelques éleveurs connus, notamment Frédéric Aimez (élevage de Belheme), qui est quelqu’un de la région et qui fait partie du groupement depuis 30 ans. Donc nous le gardons précieusement ! En plus, c’est toujours un plaisir d’avoir un éleveur qui obtient de bons résultats comme lui. Il se déplace quelquefois, même lors de l’assemblée générale, donc c’est toujours agréable de pouvoir discuter avec lui.

G. Votre vente amiable aura lieu le 7 novembre au Domaine d’Utah Beach. Comment se déroule-t-elle ?
E.B. Notre vente amiable va fêter ses dix ans dans son format actuel. Nous ne faisons pas de sélection. Nous demandons aux éleveurs d’inscrire leurs chevaux et de choisir plutôt de bons chevaux quand même. Mais nous n’allons pas mettre en place de critères de sélection. Ce n’est pas notre rôle.
Nous essayons plutôt de permettre aux éleveurs de présenter leurs chevaux et de les aider à les vendre lors de cette vente. Nous avons d’ailleurs un peu été victimes de notre succès, parce que nous pouvons présenter 37 chevaux : nous avons 37 boxes au Domaine d’Utah Beach. Or, j’ai plus de 50 inscrits cette année, donc je ne vais pas pouvoir prendre tout le monde. Je vais prendre les chevaux dans l’ordre des inscriptions.
Pour cette vente amiable, les chevaux arrivent le matin sur place. À partir de 9 heures. C’est ouvert au public et aux acheteurs potentiels, qui peuvent déjà discuter avec les éleveurs, voir les chevaux au box et prendre de premiers contacts. Ils peuvent également échanger sur la manière dont les chevaux sont élevés, le tout autour d’un petit café, dans une ambiance vraiment très conviviale. Nous avons de nombreux acheteurs qui viennent de toute la France depuis des années. Ils viennent aussi pour l’ambiance, pour ce contact chaleureux et la transparence des échanges.
À partir de 10 heures, nous commençons notre présentation À l’obstacle. Nous présentons les chevaux sur une ligne classique. Sans excès. Nos chevaux ne sont pas préparés comme on peut le voir dans certaines ventes. Ils sont bien sûr préparés et font quelques séances de saut avant, mais nous essayons de conserver quelque chose d’assez naturel.
Chaque cheval porte un numéro. Le propriétaire ou le présentateur porte le même numéro avec un brassard et, sur le programme, il y a également un numéro de téléphone. Pendant la présentation, un acheteur potentiel peut donc éventuellement déjà appeler l’éleveur, mais cela se fait rarement. En général, les premiers échanges ont lieu à la sortie du ring de présentation. Il y a un petit endroit réservé où les personnes qui apprécient un cheval peuvent se déplacer et discuter avec le présentateur et l’éleveur. Cela peut être le moment de la négociation et de la vente, quelquefois dès la sortie de la piste. Sinon, le cheval est ramené au box. La vente peut alors se faire dans la matinée ou dans l’après-midi.
Cela reste assez convivial. Nous essayons de rapprocher les personnes : le contact humain est important pour nous. Et même si la vente ne se fait pas le jour même, les gens viennent parfois de loin et restent tout le week-end. Il arrive donc que la vente se fasse le lendemain ou dans la semaine qui suit.
G. Vous mettez donc tout cela au service des éleveurs, mais l’association ne gagne financièrement rien sur cette vente. C’est bien cela ?
E.B. Oui, rien du tout. Il y a simplement de petits frais d’inscription pour nous permettre d’assurer l’organisation, notamment la location de matériel ou encore la réalisation des vidéos car nous avons un professionnel qui vient filmer les chevaux.
Tout cela représente un coût. Il y a donc une petite inscription pour l’éleveur, mais c’est tout. De notre côté, nous retombons sur nos pieds, et nous ne tirons aucun bénéfice de la journée.

G. À quel type de clients s’adresse la vente ?
E.B. C’est vraiment tout public. Il y a des personnes qui viennent du sud de la France, du Nord, des Bretons, un peu de partout. Quelques Belges viennent également tous les ans maintenant.
Nous avons des chevaux pour des professionnels, avec quelques grosses écuries qui se déplacent depuis plusieurs années. Ils viennent en toute discrétion. Je ne donnerai pas les noms, mais certains achètent régulièrement deux ou trois chevaux, que l’on retrouve quelquefois plus tard sur les beaux terrains de concours. Nous avons aussi des professionnels qui achètent des chevaux pour leurs clients ou pour des jeunes qui souhaitent se lancer dans le concours hippique.
Et puis nous avons des amateurs qui viennent seuls ou en famille pour acheter des chevaux. L’avantage, c’est que nous prenons le temps de discuter et de voir si le cheval est vraiment adapté à l’amateur et si son origine correspond à ce qu’il recherche. Un cheval peut paraître tout beau et tout gentil comme ça, mais si l’on voit que son origine n’est pas forcément faite pour un amateur, il faut aussi savoir le dire. Cela m’est arrivé une fois : quelqu’un voulait absolument acheter l’un de mes chevaux. Je lui ai expliqué que, même s’il paraissait très gentil, ce n’était pas forcément une origine adaptée à un amateur. Nous cherchons vraiment la proximité et surtout la sincérité avec les acheteurs. L’objectif est de faire en sorte que les gens ne soient pas déçus.
G. À la différence des ventes « classiques », le client est directement en contact avec l’éleveur, qui a fait naître et élevé le cheval jusqu’à ses 3 ans.
E.B. Exactement. Cela arrive quelquefois que les acheteurs se déplacent chez nous pour voir un petit peu comment les chevaux ont été élevés, voir la mère et découvrir les conditions d’élevage. C’est aussi l’un de nos atouts : les conditions d’élevage dans la région.
Nous avons la chance d’avoir un terroir assez exceptionnel, avec une qualité d’herbages qui nous permet de laisser les chevaux pratiquement toute l’année à l’air. Nos chevaux bougent donc beaucoup et je pense qu’au niveau ostéo-articulaire, c’est fondamental. Je suis persuadé que c’est un gage de longévité pour les chevaux de sport. Il faut qu’ils bougent et qu’ils soient bien nourris avec de l’herbe de qualité. Nous avons cette chance ici, donc nous en profitons.

G. Combien de chevaux sont vendus au cours de cette vente et dans quelle fourchette de prix sont-ils vendus ?
E.B. Le jour de la vente, environ la moitié des chevaux sont vendus. Il y a ensuite des prises de contact qui permettent d’en vendre quatre ou cinq de plus durant le week-end et la semaine qui suit. Ensuite, comme nous bénéficions de bonnes vidéos, cela nous permet encore d’en vendre quatre ou cinq durant l’hiver. Nous arrivons à environ 75 % de ventes.
L’année dernière, certains chevaux sont partis à 8 000 € et le top price chez nous était autour de 20 000 €. Ce qui donne un prix moyen de 13 500 €. G. C’est sûrement pour cela que vous avez de plus en plus de propositions de chevaux à y présenter. E.B. Oui, c’est ça. Et je pense que nous sommes assez uniques en France avec ce type de vente. Nous devons être les seuls, ou presque. Pour des chevaux de trois ans en tout cas. Donc cela commence à intéresser de nombreuses personnes, amateurs comme professionnels. La liste définitive sera disponible vers mi-octobre, mais cette année, il y aura des descendants de Casallo, Quabri de l’Isle, Diamant de Semilly, Pegase et Jilbert van’t Ruytershof, Hitchcock Bois Margot, Colestus, Giovanni de la Pomme, Qlassic Bois Margot ou encore Cabachon.


